Une avant première !

Hostile au style

Au jour le jour

Il nous faut réapprendre à vivre
Se lever le matin sans savoir où l’on est,
Où l’on va
Avec qui
Regarder le soleil
S’imprégner des brasiers qu’il allume dans les replis du ciel
Prendre le temps
Sourire
Les jours où sourire à un sens
Les autres jours, pleurer ou rire
Sentir le vide, l’estomac noir, les paupières lourdes
Notre corps, ce tas de chair, cette carcasse
Il nous faudrait réapprendre à l’aimer
Ne plus lui en vouloir de nous lâcher parfois
Si j’ai mal aux chevilles c’est que depuis toujours
Elles supportent mon poids et me font avancer
Lorsque j’ai mal au cœur, il me dit là-dedans je suis trop à l'étroit
Quand vos oreilles sifflent c’est qu’il vous faut dormir
Quand vos regards s’embrument c’est qu’il vous faut pleurer
Soulager votre corps de toutes les scories qu’il ne peut plus porter

Il nous faut réapprendre à vivre
Chaque jour, chaque nuit
Comme la première fois
La toute première fois que tu as lu un livre que tes parents lisaient
La fois où tu as mis ton pied devant ton pied
Cette fois où sa main s’est posée sur ton ventre tout en bas toute entière
Et que tu as compris que tu étais vivante, que tu étais de chair
Cette fleur dans la voix quand tu dis un poème
Ce troquet où trempée on t’a offert le gîte et même le couvert
Ton premier auto-stop
Ta crise d'adolescence qui viendra bien un jour
Et la première fois où toi, la femme forte qui tient si bien la barre
Tu t’écroulas soudain

Que ces première fois ne soient pas les dernières
Qu’à chacune d’entre elles
Nous nous laissions surprendre
Que chacun des frissons qui les accompagnaient
Ces jours où quelque part quelque chose se passait
Retrouvent le chemin de la première fois
Quand les barrières sautaient, les ciels se déchiraient
Les bourgeons éclataient, la terre entière s'ouvrait
Ce tout premier chemin de la première fois
Où sur le bas-côté, année après année, s'allument les jonquilles juste au bord du fossé.
Flora Delalande


 

tags : Bonheur, Calme, Présent, Vie

 

Ajouter un commentaire Signaler une erreur PDF imprimable

 

Commentaires

Baradon dit :

"Ce tout premier chemin, année après année, s'allument les jonquilles juste au bord du fossé!" Je me répète cette phrase plusieurs fois, la murmurant, la faisant tourner en mon esprit, pour m'en délecter jusqu'à la dernière syllabe, pour mieux en apprécier la saveur des mots.

Ta prose me manquait, amie poète, merci de m'aider à rêver. Je vais de ce pas m'efforcer de "réapprendre à vivre".

le 04 Oct 2018