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Hostile au style

Blues du soir

J'ai un blues des soirs de trop plein, un besoin de vide, un trop plein de vide à force de débordements. Stop ! Ligne blanche. J'ai besoin qu'on me mette une ligne blanche infranchissable  devant les pieds et qu'on me dise : stop, ça suffit. C'est dur de se dire que c'en est assez quand chaque minute est nouvelle, quand chaque amitié est unique, quand chaque projet doit naître, avancer, muer, aboutir.
J'ai envie de vivre dans une maison en laine de mouton qui me protégerait des grands vents et dans laquelle je pourrais m’emmitoufler quand j'ai besoin d'être à la fois seule et dans les bras de l'amoureux. C'est toujours au moment où il n'est pas là, même pas au bout de son téléphone que j'ai envie de lui. Mille fois plus fort que quand il est à portée de bras. Comment  ils font, les gens qui vivent ensemble, pour continuer à se désirer très fort ? Est-ce qu'ils  se couchent en décalé pour se faire croire qu'ils ne sont pas là ?
J'ai envie de lire Proust de A à Z, sous mon plaid rouge, en écoutant des chants polyphoniques  et en mangeant du chocolat. Il y aurait une énorme pile de livres à lire sur la table de chevet  et une petite pile de livres lus au pied du lit. Au fil des jours et des semaines, la grosse pile deviendrait petite et la petite deviendrait grosse. Le sentiment du travail bien fait, d'une affaire qui roule. Et puis il y aurait la dernière page, comme le sucre fondu au fond  de la tasse de café.
Minuit quarante-six. Demain, j'ai une autoroute à prendre. J'ai un blues des soirs de trop plein. Je m'offre bientôt des vacances. On passera le jour de l'an au bord de la mer, avec tous les amis qui n'ont rien de spécial à faire. On allumera des bougies, on se dira des poèmes, des silences et des idioties. On sera ensemble et tout seul. On aura peut-être le blues mais il y aura la mer pas loin, les amis tout près, l'amoureux de dos, face aux déferlement des vagues puis l'amoureux sous le plaid rouge, son nez tout froid contre mon cou.


 

tags : Amitié, Amour, Blues, Mélancolie, Rêve

 

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Commentaires

Baradon dit :

Mon image préférée est celle de la maison en laine de mouton! Encore un texte magnifique. Merci pour ma lecture, moi qui ne suis pas encore parti sur l'autoroute et qui est un peu pris par le blues du trop plein au moment d'écrire ces lignes. Ce poème met du baume au coeur en rappelant l'essentiel: le bonheur, c'est les autres.

le 11 Jul 2018