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Hostile au style

Funambules

Sur la corde tendue du vide,
Sous le chapiteau de tes doutes
Juste au-dessus de la piétaille hirsute
Tu vacilles.
Tes bras de crucifiée ploient sous le poids du souffle.
Nœud coulant enlaçant cette violette carotide
Funambule, je croyais que ta corde était faite pour voler
Funambule, que fais-tu, suspendue dans le vide ?
Ton regard a bleui
Le visage de cette fille de tristesse...
Battements de cœur
Au rythme de la corde, de ton corps-balancier.
Les bruits arrivent à ses tympans...
Nous allons la pendre...
Il faudra une autre corde, à côté de la tienne
Une corde jumelle,
Songe bleu de son doux méandre
Tristesse résorbée par l'absinthe
Petites cloches rouillées qui tintent
Elle, sortie de son cachot...
Elle aussi, nous allons la pendre,
Là, crochetée dans le ciel, son visage en ombrelle
Tu ne seras plus seule.
Elle avait les yeux noirs, ils deviendront vitreux
Un peu comme un nuage opacifiant les cieux
Tabouret invisible sous ses petits souliers
Régal ineffable devant nos yeux
Sa faible voix brisée qui vomit des pitiés
Comme cette jeune fille sortie de nos vieux contes
Ce n'est pas de l'eau ni des joyaux qu'elle vomit, mais du sang
Teinté de paillettes d'or...
Vos deux corps, une seule ombre
Peu à peu, le silence
Juste un tas de brisures sous vos bouches immobiles
Et l'odeur de l'encens qu'on vous fait inhaler.
À vos pieds, les gens hurlent,
Se battant, s'empalant, en vue de quelque or
Pour mieux assouvir leur soif de mort
Vos sangs coulent dans leurs bouches
Ils sourient et leurs rires gutturaux sont leur dernière insulte.
Sa blondeur décrépit, rouge ficelle formant un creux
Dans sa blême figure qui s'est teintée d'effroi
Et ce corps ballotant depuis des mois déjà
Ton âme de danseuse pendue à l'immuable,
Cette même ficelle qui scie ton coup de Reine
Et ton corps, ballotant, depuis des mois déjà...
Les pieds de la foule font voleter autour d'elles les poussières du passé,
Que reste-t-il des sereines sylphides qui dansaient dans les bras protecteurs de la nuit ?
Telles les stigmates d'une vie volée reflétant leurs rougeoyants poignets écorchés.
Une nébuleuse nuée de souvenirs assaille leurs cœurs meurtris.
Poupées de porcelaine brisées négligemment
Violées dans leurs rêves par l'architecte des cauchemars,
Douce ivresse, souvenir terré dans le noir,
Caché sous un manteau de brouillard et de sang.
Il fait froid
Les rubis de vos âmes frémissent sous la neige.
Si tu veux, funambule, je monterai vers vous et scellerai vos mains...
Flora Delalande


 

tags : Hiver, Jumeaux, Mort, Nostalgie, Pendaison

 

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Commentaires

Flora dit :

Texte co-écrit avec Aurore Guillemette

le 03 Avr 2012