Flora dans Spered Gouez !

Hostile au style

Glaise

Cette sensation contenue dans l’espace d’une fraction de seconde : nous sommes la même terre,  glaise malléable et dure contre laquelle s’escriment et se bercent les mains charnues de nos  âmes. Glaise : chemin boueux où se sont imprimés nos pas, dans l’odeur âcre d’une ferme, les  effluves moites de la forêt, entre les orteils, dans un bruit de succion. Glaise collée au lit  de la rivière, glaise d’enfance les pieds dans l’eau, érigeant des barrages adossés aux courants de pierraille et de terre. Glaise.
En une fraction de seconde, au-delà de ta croûte terrestre, ton moule d’être humain, tes pieds nus, c’est la glaise brute que je sens dans ta chair. Je tends la main, je fais fi de la peau et, du bout des doigts, je sens le contact doux et tendre d’une boule de terre. Glaise malaxée par les coups de vents et les coups du destin. Glaise de ta présence et de la mienne, à peine disjointes par quelques centimètres cubes d’air.
Le fleuve plein et lourd gronde dans nos bassins.
Nos glaises pourraient se modeler ensemble, d’un seul trait humide.
La terre n’a pas de mots.
Glaise.
La terre sait d’où elle vient et de quoi elle est faite.

Nous sommes la même terre.


 

tags : Glaise, Intuition, Matière, Relation, Terre

 

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Commentaires

Baradon dit :

Très charnel ce poème. L'image est évocatrice et assaillit les sens (l'essence peut-être aussi)! "Nous sommes la même terre!

le 24 Jul 2018