Une avant première !

Hostile au style

Homicide intemporel

Une Photo. Comme un point de non retour. Un mot tronqué de sa dimension graphique. La seconde capturée, emprisonnée dans un monde déjà mort. Ce temps qui, à peine vivant, avait commencé à basculer dans le monde du souvenir.
L'instant qui s'assassine lui-même.
Homicide intemporel.
Alibi ? Immortel.
Réincarnation du réel.
Secondes qui se succèdent.
Verdict ? Tue ton propre présent.
Amendement ? Capture impersonnelle.
Homicide intemporel.
Est-il vraiment possible que ce sourire n'ait été que le temps d'un éclair ? Tes cheveux n'auront-ils donc plus jamais ce mouvement immobile, cette sauvagerie qui te caresse la joue ? Quel était le nom de cette étincelle dans ton regard ? Était-elle due au soleil, à l'ombre du monde qui t'enveloppait ? Émanait-elle de ton esprit ? Où était-ce seulement le reflet de l'objectif que tu fixais. Réflexe illusoire d'un monde parfait.
Concentré de bonheur qui se révèle aux yeux du photographe. Un sourire. Toujours. Comme si un fil intangible reliait tes yeux à tes lèvres.
Raccourci brut d'un monde qui s'étire dans tes peines.
Réalité rêvée. Trop serrée pour embrasser le réalité distendue.
Déjà morte entre tes lèvres. Comme un baiser à la postérité.
Les clichés s'amoncellent dans les tiroirs de ton passé comme autant de cadavres témoins d'un temps qui peine à ressusciter. Malgré tes paroles, les mots que tu lis, comme en filigrane, dans les nuances de gris, ta mémoire s'estompe, grignotant petit à petit les sensations, les pensées, les visions qui vivaient dans le grain de ta peau. Comme lavée de sa vie, gommée. Comme si, le léger flou qui évoquait pour toi le mouvement, qui réfutait la mort du temps, s'était étalé, gagnant ta mémoire par les ténus méandres de tes souvenirs, ne laissant que la netteté d'un passé figé.
Alors seulement, tu acceptes de te conjuguer à l'imparfait.
Le passé simple viendra... lorsque s'effaceront les traces de tes pas.
Tous ces instants jetés dans une boîte de fer blanc. Toutes ces secondes qui revivaient faiblement en toi disparaîtront lorsque ta mort arrachera les perfusions de ta conscience.
Dates délavées.
Clichés fanés balancés sur ta tombe.
Instantanés assassinés.

 

tags : Nostalgie, Passé, Temps

 

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Commentaires

C. dit :

wow.
J'aime beaucoup, il y a de très jolies choses : Réflexe illusoire d'un monde parfait.
Comme un baiser à la postérité. ...

c'est très doux et original,
bravo!=)

le 02 Jui 2011
Baradon dit :

Sur une thématique soeur de la photographie "emprisonnant les âmes", tu développes ici une réflexion poétique qui laisse songeur, l'esprit alangui par tant de bons mots ciselés et d'images choisies avec pertinence. La photo comme tueuse d'instants, mise en abîme qui donne un léger vertige. Bravo.

le 08 Nov 2017