Flora dans Spered Gouez !

Hostile au style

Je marche

Quand tout est trop plein
Quand tout se bouscule et se bouche
Quand les pages de l’agenda me capitonnent le cœur
Quand les cailloux des rendez-vous disposés avec minutie balisent trop clairement le chemin, qu’ils ne savent plus me rassurer, qu’ils m’oppressent, qu’ils me tuent et qu’ils ricanent, durs et précis, au fin fond de ma chaussure
Je sais qu’il me faut partir
Pourtant je ne le fais pas
Petit Poucet poursuit sans faute ses faux pas

Mais quand l’autre humain cesse soudain d’être un cadeau
Quand je le fuis de l’intérieur en le rejoignant malgré tout à un énième caillou de peur
Je sens qu’il me faut partir
Alors je pars
Je m’en vais me retrouver
Cette fois, oui, je le fais

Je saute par dessus les murailles de mes cailloux de rendez-vous
J’emporte ce qu’il faut pour vivre
Une lampe pour la nuit
Un duvet pour les rêves
Une tente pour dormir
Des amandes et de l’eau
Des chaussures
Un k-way
Un mouchoir
Un carnet
Un couteau
Un stylo
Et mon sac à dos bleu brodé de solitude

Peu importe la route
Celle qui m’intéresse se cache à l’intérieur
Je marche pour retrouver la sente de mon cœur
Je marche
Un pied devant l’autre
Loin de mes propres traces
Qui quadrillaient l’espace
Qui quadrillaient le temps
Ces traces qui m’enfermaient
Dans un cercle étriqué
Qui à tant piétiner
S’étaient toutes embourbées

Je marche
Mieux encore : j’avance
Un pied devant l’autre
Et je recommence
Le sentier devient précis
Mes traces sont derrière moi
Le chemin recrée l’espace
J’y vois le sable et les montagnes
Tous les cailloux sont en pagaille
Ils chantent et dansent sous mes chaussures
Changeant de place à toute allure
En bon marcheur, je les déplace
Sans m’inquiéter d’où je les mets
Comme l’orage remplit les flaques
Là où le marcheur a marché
Comme les berges embrassent le lac
Là où le lac s’est posé
Dans l’entrelacs des routes lentes
Que sillonnent le berger
Et son troupeau de mouton blancs
Qui dévalent la montagne
Comme une gerbe de graviers.

Flora Delalande


 

tags : Liberté, Marche, Paysage, Trop plein

 

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