La mélodie de l'écho
C'est une de ces nuits, peut-être, que le silence m'a enveloppée comme un immense drap blanc. Je ne pouvais plus parler ; les mots avaient perdu leur substance. Démunie, alourdie par toutes ces lettres mortes qui s'épuisaient en moi, je suis partie d'un monde pour en créer un autre. J'ai rencontré la légèreté, celle qui ne se dit pas.
Libre.
J'étais libre de vivre une vie qui ne se traduit pas.
Perdre ses mots, c'est un peu comme perdre son corps, flotter au-dessus d'un univers qu'on ne peut exprimer.
J'ai vu des arbres qui avaient oublié leur nom.
J'ai perçu le battement sous la feuille,
J'ai vu des hommes dont les gestes m'ont coupé le souffle et j'ai écouté ces langages muets.
J'ai appris les signes du néant et senti la lumière en sortir.
J'ai percé des regards par mes lèvres closes.
J'ai compris la délicatesse d'une journée, d'une vie, passée à coudre un livre de pages blanches.
Suivant la ligne de mon propre horizon, j'ai marché longtemps dans mon temple intérieur où seuls résonnaient mes pas contre les reflets colorés des vitraux.
Aujourd'hui, je ne sais plus pourquoi je me suis tue. Mais, enfermée dans mon sanctuaire, au plus profond du silence sacré, des pas résonnent déjà derrière moi.