Flora dans Spered Gouez !

Hostile au style

L'ange de ta fatigue

Une à une, les lumières de Septembre s'éteignirent et la ville ferma doucement ses volets. Mais dans un immeuble à la façade usée, un homme ne parvenait pas à trouver le sommeil. Enveloppé de son peignoir et des dernières effluves d'un bain chaud, il veillait. Les pages de son livre s'étaient depuis longtemps émiettées sous ses yeux fatigués. Il se contentait d'attendre. Attendre qu'à la nuit se joigne le repos.
Les jeunes enfants s'endorment juste après le mot fin. Et moi je reste là, des cernes dans le souffle, à regarder le vide.
Dehors le vent s'était figé et l'ange de sa fatigue sortit pas la fenêtre ouverte, partant à la découverte du monde endormi. Si le sommeil n'était pas entre ces murs il devait bien être quelque-part. Au-delà. Sous la couverture noire d'une léthargie nouvelle.
L'ange déploya ses ailes dans la ruelle sombre. Son ombre fût projetée dans le ciel, agrandie par l'immensité. Du haut de son négatif lumineux, il pouvait voir l'enchevêtrement médiéval des rues qui serpentaient comme des coulées d'argent.
C'est beau une ville la nuit.
Et l'ange glissait dans les plis de silence que le jour n'atteint pas. Entre deux mondes. Comme dans une cathédrale.
En bas, un chat lacéra la rue Gallienni.
J'entends des rires, au loin... des paroles qui marchent
Boulevard Solférini, un clochard dansait, brandissant une bouteille ébréchée vers le ciel. Un clochard sans nom. Qui dansait sur ses paroles bancales. Manquant de peu un banc qui l'était tout autant.
D'où vient cette luciole qui court sur le mur ?
Au troisième étage de l'immeuble de la Goutte d'Or, une femme respirait la nuit. Le rideau aux motifs vieillis lui effleurait le cou, ne laissant apparaître que son visage. Rendu flou par les ombres.
Si un observateur attentif s'était trouvé dans l'immeuble perpendiculaire à la Goutte d'Or, au fond de l'impasse, il aurait remarqué le léger sursaut qu'elle fit à 23h51. Il aurait senti qu'un peu d'air était resté prisonnier une fraction de seconde dans les poumons de la jeune femme. Il aurait penché la tête en avant pour tenter de combler le petit trou qu'elle venait de percer dans l'atmosphère nocturne.
Peut-être alors aurait-il vu, lui aussi, la plume blanche qui tombait dans la rue, titubant dans les airs.
Et une seconde brèche d'étonnement se serait ouverte dans l'espace.
Les anges n'existent pas
Voyant que sa promenade céleste devenait trop visible, l'ange de la fatigue redescendit de son ombre, courba ses ailes pour ne pas abîmer les toits d'ardoise et revint dans la pièce.
Il fit trois pas vers un lit légèrement défait avant de plonger un regard sur l'être qui le cherchait de ses souffles coupés.
Les anges n'existent pas
Il tira les rideaux sur la pièce essoufflée.
Une à une, les lucioles s'éteignirent et l'homme ferma doucement ses paupières.

 

tags : Nuit, Ville

 

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Commentaires

UnAutreLapin dit :

Merci.

C'est joli la lumière des lucioles.

le 24 Oct 2010