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Hostile au style

Le marronnier

Illustration : Flora Delalande

Sous ton pont de verdure passe un enfant. Tu l’accueilles et reçois ce petit amas de matière vibrante, pétrie de sang et de nerf, de peau et d’os tendres. Sous son passage, tu sens le bouillonnement minuscule et ramassé d’une vie à venir, prête à se déployer comme la crosse de fougère se déploie, offrant au soleil le tendre de son vert.
Dans le brouhaha du parc, sous ton pont de verdure, passe un enfant sans le savoir.
Si tu étais né ailleurs, l’enfant t’aurait dit bonjour. Ton ombre échevelée se serait faite marelle. L’enfant aurait  joué avec toi. Il aurait sauté d’un trait à l’autre, risqué la flaque de lumière entre deux de tes feuilles, dans  l’entrelacs sauvage et déraisonnable de ton ombre. Et chaque saison aurait vu l’enfant grandir, ton port s’affermir.  Chaque année aurait vu l’enfant grimper plus haut sur ton corps. Chaque jour, l’enfant disparaître puis revenir dans un dialogue de matière ; peau contre écorce.
Mais dans le brouhaha du parc, sous ton pont de verdure, manque le silence, manque la solitude qui fait qu’un enfant  peut parler à un arbre. L’enfant se cache comme un adulte se cacherait sous le porche d’un immeuble ou sous un abribus, pour se protéger du monde.
On a taillé ta grande houppe, marronnier. L’élagueuse a fait son travail de mange-branche et ton pont de verdure n’a  plus rien du poème ébouriffé des arbres.
Sous ton pont de verdure aux angles droits passe un enfant qui ne soupçonne pas que tu puisses respirer. Et pourtant, tu l’accueilles, agitant doucement ce qu’il reste de tes grandes mains vertes.

 

 

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