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Hostile au style

L'éphémère

Je l'avais rencontrée un matin de septembre
Un beau soir de juillet, au milieu du printemps
À l'heure où les enfants s'endorment dans leur chambre
Dans des drap repassés par leurs jolies mamans
Elle, pour être jolie, elle était même belle
Dans sa jupette blanche, ses modestes bottines
Elle n'avait pas trente ans sous ses cils d'hirondelles
Et portait la fraîcheur des femmes trop timides
Adossée à la port(e) d'une maison coquette
Le regard dans le vague et le sourire aux lèvres
Entre deux volets bleus et quelques pâquerettes
Ses pensées vagabondes allaient de rêve en rêve
À croire qu'un de ses rêves s'est échappé soudain
Courant comme un gamin sur mon cœur endormi
Déchirant son corsage et dévoilant ses seins
Ses yeux se détournèrent et son minois rougit
La sève s'est affolée dans mon cœur de poète
J'ai eu envie soudain de lui compter fleurette
Sous la flanelle j'ai vu ses boutons d'or briller
Je lui ai pris la main et volé un baiser
Elle s'est laissée faire et le goût de sa bouche
Avait au crépuscule des saveurs voisines
Aux tomates cerises poussant sur sa poitrine
Et aux fruits défendus qu'elle refusait qu'on touche
Le lierre de mes doigts voyageait sur son dos
Pressant le coquelicot de sa frêle silhouette
Contre mon corps tremblant, mon maladroit roseau
Elle fermait les yeux et se faisait muette
De muette à mutine il n'y avait qu'un pas
Mais c'était là un pas qu'elle ne franchissait pas
Avec ses omoplates qui laissaient voir des ailes
On aurait cru un ange doublé d'une pucelle
Quand la nuit tombait, elle s'évaporait
Je rêvais alors de culottes de dentelles
Qui s'évanouiraient sur sa peau dénudée
Comme l'ombre tressée de sa belle tonnelle
Qu'y avait-il donc dans sa maison caché
Pour que ses draps de lin la détournent des miens
Des enfants ? Un mari ? Je ne le sus jamais
Qui effaçaient soudain son sourire coquin
Au matin elle était sur le seuil de pierre
Pareil au premier jour où je l'avais surprise
Et nous nous en allions tous deux dans les jachères
Cultiver le présent, planter des souvenirs
Elle me disait des vers comme on cueille des fleurs
En tout petits bouquets qu'elle appelait poèmes
D'amour en acrostiches en passant par ses peurs
Elle faisait la moisson des émotions humaines
Notre histoire ma jolie dura une saison
Un bosquet d'éphémère dans un sillon de terre
Précoce fenaison avant que tes bourgeons
N'éclatent de plaisir sous une pluie d'éclairs (bis)
Flora Delalande


 

tags : Amour, Chanson, Départ, Fille, Fugace, Légèreté, Rencontre

 

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Commentaires

Baradon dit :

Tu décris là des émois de poète pour une muse de chair avec justesse et cette chanson reste dans la tête. Chapeau bas, madame pour entrer ainsi dans le coeur des hommes.

le 08 Oct 2018