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Hostile au style

Liza et la poussière d'étoile

Liza était allée se perdre dans une forêt elfique. Elle voulait laisser ses pensées s'échapper au grand air. Cela faisait trop longtemps que celles-ci tournaient dans la pénombre de son esprit et n'en sortaient que pour aller s'écraser contre les murs sales de la ville. Elles revenaient alors encore plus brouillées qu'avant, emmêlées par le vent. Ce vent déformé par les arêtes des bâtiments trop hauts contre lequel il ne pouvait que se heurter. Ce vent. Celui qui ne chante vraiment qu'avec les arbres.
Liza était donc là. Seule. Assise à même le sol. Ses mains caressaient la pierre, émiettant doucement les brindilles.
Alors qu'elle portait une aiguillle de sapin à sa bouche pour en déguster la sève, une pensée percuta l'une des siennes.
" d'ailleurs sais-tu que les étoiles vont toujours par deux?!"
La pensée de Liza s'ébroua. Qui était cette étrangère aux phrases sans commencement ? Qui était cette intruse qui se permettait d'allumer des duos d'étoiles en face de sa sombre substance ? Sombre substance ou plutôt... substance tellement indécise, tellement impalpable et incompréhensible qu'elle ne recevait que difficilement la marque de la lumière.
Comme un rideau de cendres embrumées.
Étrangement le couple astral éveilla quelque chose en elle. Quelque chose de nouveau, quelque chose de différent des pensées qui circulaient en boucles interminables, en spirales oppressantes dans le crâne de Liza depuis quelques mois. Mais cette étincelle nouvelle n'éclaira pas les contradictions qui s'y heurtaient.
Etre ou ne pas être ?
"Les étoiles vivent toujours par deux."
La pensée semblait chevaucher la voix du vent.
Une voix claire, affranchie des angles citadins, sculptée par la dentelle des feuilles d'automne.
"Les étoiles vivent toujours par deux".
Une petite brise fraîche qui jouait avec les mots.
Mais Liza ne maîtrisait pas la horde confuse de son propre souffle. Les questions jaillissaient d'elle, culbutant les astres qu'elles rencontraient sur leur passage. La poussière d'étoile qui en tombait fut alourdi par les éternelles questions sans réponses. Aimer ou oublier ? Assumer ? Dissimuler ? Vivre ou rêver ?
Les pensées de Liza tourbillonnaient, encerclant la voix venue de nulle part. Les pensées de Liza frémissaient, tentant d'étouffer les lendemains de cette voix purifiée. Celle qui n'avait pas d'origine.
Mais le vent est impalpable, inaccessible, inébranlable...
Après s'être glissé entre les nervures dénudées d'une feuille morte, il murmura :
" En ce moment, de nombreuses étoiles échappent à l'attraction de notre galaxie et entrainent avec elles leur partenaire ! Sache simplement que si l'on dit que la lumière qui nous parvient des autres galaxies est déjà morte depuis longtemps, chaque parcelle céleste qui te paraît aujourd'hui si noire est peut-être illuminée par le feu universel d'un astre ancestral. Un jour, sa lumière te parviendra."
Et le vent frôla Liza, coula entre ses doigts, se mêla à son souffle puis jaillit vivement pour aller rejoindre la voûte céleste.
Elle avait compris.
Le vent est intouchable, la lumière invisible.

 

tags : Air, Calme, Forêt, Nature, Réflexion

 

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Commentaires

David dit :

Mmmmmmm... C'est le genre d'écrits délicieux qui bercent longtemps mon coeur.
Merci pour cette écrin de beauté.

le 17 Fév 2010
pantoufle14 dit :

J'ai bien aimé l'idée des étoiles deux par deux! Un texte sensible, aérien, digne de toi!

le 24 Avr 2012
NoirdezE dit :

Je suis d'accord avec pantoufle, jolie idée, jolie ambiance, jolie écriture, j'ai bien aimé!
J'ai juste trouvé étrange ta phrase d'intro, c'était un peu trop abrupt (c'était voulu?)

Mais à part c'était très bien, bravo!

le 24 Avr 2012
ptitange23 dit :

WOW ! On est emporté par ton texte ! Ca m'a fait penser à un conte ou une légende... :)

le 24 Avr 2012
Baradon dit :

Je ne devrais plus être surpris mais tes textes parviennent à me surprendre, à chaque fois. Ta plume emporte le lecteur avec douceur dans ton univers onirique dans lequel des pensées chevauchent la voix du vent et chassent les ténèbres d'un esprit embrumé. N'est-ce pas là l'essence même de la poésie? En tous les cas, je suis un admirateur éternel. Merci.

le 12 Déc 2017