Une avant première !

Hostile au style

L'odeur du vent

Le vent a une odeur âcre et sucrée : celle des hydrocarbures roulés dans la poussière.
Il n’a pas plu depuis longtemps et la pollution sature l’air de la ville comme les fragrances douceâtres du tilleul enveloppent une place de village.
Il m’est presque impossible de concevoir que l’humain parvienne, par de simples déplacements quotidiens, à imprégner l’atmosphère toute entière de son odeur. Il ne s’agit pas ici d’empuantir une pièce, ni même une maison ou une place avec ses quatre bancs et ses joueurs de pétanque. Il s’agit d’imprégner totalement un espace illimité, sans aucun cloisonnement : l’air. Il s’agit d’imprimer sa marque sur ce qu’on pourrait nommer le ciel, de modifier en profondeur la composition de l’atmosphère dans laquelle nous baignons tous.
L’odeur des hydrocarbures racle très finement l’intérieur de mes narines et de ma gorge. Bientôt, je ne la sentirai plus ; elle sera entrée à l’intérieur de moi. Mes poumons et chacune de mes cellules en seront tout imprégnés. Quel goût laissera-t-elle dans mes paroles, dans mes baisers ?
Bientôt, si je ne quitte pas le cœur de la ville, j’aurai oublié le vrai parfum de l’air. J’aurai oublié ce que c’est que de respirer à grandes bouffées sans chercher à me protéger de ce que j’inspire. J’aurai oublié que cette odeur d’hydrocarbures roulés dans la poussière cache celle des bourgeons en train d’éclore, celle du pollen des noisetiers, de la résine des pins noirs, celle des violettes et des cardamines en feuilles qui bordent la route à trois voies.
Avant d’oublier et de mourir asphyxiée, je m’en vais donc plonger mon corps sous la houppe blanche d’un prunier qui envers et contre tout déploie ses fleurs et ses odeurs pour vivre et survivre encore.


 

tags : Air, Nature, Odeur, Vent, Ville

 

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Commentaires

Baradon dit :

Texte qui saisit le cœur et l’esprit, comme ta plume sait si bien le faire. Espérons que ce havre en dessous du Prunier pourra te redonner la saveur de l’air frais. Si tes baisers venaient un jour à être corrompus, ce serait une perte infinie pour la Poésie et l’Onirie. Prends soin de toi petite fleur dans ce monde de rouages et d’acier, toujours des petits lutins se cachent… à l’abri des fleurs sauvages.
Amitiés

le 20 Mar 2022