Une avant première !

Hostile au style

Mon enfant

Mon enfant
Tu vas naître extirpé de mon ventre par des gants en latex
Dans une chambre aux murs blancs
Tu vas naître sur une terre malmenée par les hommes
et régie par l’argent
Ce jour-là
J’espère qu’il y aura une petite fenêtre avec un peu de ciel et des arbres qui dansent

Tu vas crier, grandir, lutter
Tu passeras des jours enfermé à l’école
Les yeux bleuis par l’écran sur le mur
Rideaux tirés
À recopier des lignes, à te taire et à ne pas bouger

Tu vas grandir encore
Choisir un métier sans même te connaître
Aidé par des gens qui savent ce que tu sais
Mais n’ont pas idée de qui tu pourrais être

S’il te plaît,
Trompe-toi. Recommence. Essaie. Cherche.
Tu trouveras

Surtout
Ne les laisse pas t’abîmer trop fort
Ne les laisse pas te compresser le cœur
Souviens-toi qu’ils n’en ont pas le droit
Même s’ils le prennent et qu’on le leur donne
Autorise-toi à être fragile, obstiné, rêveur
S’ils sont trop puissants pour toi
Ignore-les et regarde les arbres
Qui seuls connaissent le secret d’être là

Mon enfant
Tu vas grandir, vieillir et lorsque je mourrai, tu auras tous les droits
Celui d’être triste, celui de m’en vouloir ou d’être soulagé
Moi, j’aurai essayé de t’apprendre la joie,
De te donner les armes, de te donner les clefs
J’espère simplement que tu verras aussi
Toutes les si belles choses dont je n’ai pas parlé
Et lorsque tu mourras,
J’espère qu’il y aura des arbres pour veiller
Comme par la fenêtre du jour où tu es né.
Flora Delalande


 

tags : Enfant

 

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