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Hostile au style

Mort par inadvertance

Mort par inadvertance
C’est ce qu’on écrira sur sa tombe
On ne mettra pas son portait ni sa date de naissance
Alexandre Burel, Mort par inadvertance
Le jour de l'enterrement
On aura déjà trop pleuré
Les sept jours d'avant
On aura vidé l’outre gonflée des larmes

Sept jours et la vie qui passe cul par dessus tête
Sous l’œil rieur d’un soleil rond comme une barrique
Sous le pollen des grands platanes
Le vent dans les voiles
Alexandre Burel
Sur son vélo crème

À l’autre bout de la ville, elle
Attend une réponse
Un oui ou un non
Tu viens dîner ce soir ?
Sept jours qu’elle attend
Elle le maudit un peu
Alexandre
Elle ne l’a vu qu’une fois
Elle voudrait le revoir
Tu viens dîner ce soir ?
Il pourrait quand même
Donner signe de vie
Alexandre

Pendant ce temps
Un faire-part écrit par une personne qui ne le connaît pas
Fait part de sa mort
Dans les boîtes mails des soixante mille agents de la Ville de Paris
Trois secondes plus tard
Cinquante neuf mille neuf cent cinquante trois agents qui ne le connaissent pas
Cliquent
Monsieur Alexandre Burel, agent de valeur
Mort par inadvertance
Suppriment
Mettent à la corbeille
La dernière pelletée de terre
Et la pierre tombale
Avec la petite phrase
Écrite en capitales.
Flora Delalande


 

tags : Anonymat, Cynisme, Mort

 

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Commentaires

Baradon dit :

Certaines morts sont brutales par leur côté particulièrement absurde et injuste, même si toute mort l'est pour les proches du défunt. Certaines formulations administratives le sont plus encore. Mais ce poème est un bel épitaphe.

le 23 Jul 2018