Découvrez Fleur de feu !

Hostile au style

Mouvement enneigé

Illustration : UnAutreLapin

Un pas devant l'autre l'enfant s'éloigne dans la neige, des flocons dans les cheveux, elle poursuit son chemin sourire aux lèvres l'ombre frileuse battant de l'aile en arrière.
Où va-t-elle ? Où le vent l'emporte-t-il ?
Quelques mèches rousses volent vers son passé, là où son regard n'est plus, déjà en route vers les années qu'il lui faut vivre.
Comme en tension entre deux lieux, entre deux temps. Immobile.
Bientôt les lumières de la ville s'allument sur les trottoirs, alors des êtres sans visages courent, se bousculent. Au milieu de cette foule bruyante et affolée, l'enfant cherche du regard un point d'accroche, une étoile solitaire dans l'océan humain où les vagues s'effritent sur elle comme l'oubli sur les rêves. Mais les seules étoiles sont les flocons argentés par la lumière artificielle. Et ils dansent devant ses yeux, entre les êtres, voltigent entre les doigts d'une enfant sage, filent sous la jupe d'une jeune femme et se faufilent dans les rues.
Étoiles filantes sans repos.
L'air traversé par le mouvement se déchire en silence. L'enfant s'éloigne. Un flocon piégé dans les cheveux.
Le vent, visiteur indésirable, fouette son doux visage. Elle bat des paupières. Ce simple geste au milieu de l'agitation ambiante provoque en elle une joie intense qui se mue en un éclat de rire insouciant comme le chant des sirènes sur le bord du Rhin. À présent c'est son corps qui danse sous l'effet de la gaieté. Ses épaules en entrechats et son sourire en tourbillon. Des saccades de plaisir agitent sa chevelure. Les boucles se croisent, s'enlacent, se mêlent et volent dans la lumière. Le vent a tourné et maintenant, les flammes rousses viennent lécher les joues de l'enfant, allant dans la même direction que son regard espiègle.
Autour les ombres se fondent en une masse informe aux contours incertains, elle est là et pourtant tous ces êtres lui sont aveugles, ils la bousculent sans cesse pour ne pas dévier de leur trajectoire. Comme des pantins trop fades soucieux d'être orphelins.
Mais le plaisir de rire, de sentir l'existence s'émouvoir au fond de vous, cette sensation intense et égoïste, en cet instant précis, est le seul élément qu'elle veut savoir réel.
Alors elle se met à courir, vers son destin ou vers le vide. Elle se met à courir au rythme de ses rires, sur le tempo de la folie. Elle danse entre les êtres, voltige entre les doigts de la ville affolée, file sous la jupe du monde et se faufile entre les flocons argentés.


 

tags : Contraste, Mouvement, Neige

 

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Commentaires

Cosinus dit :

J'aime beaucoup l'impression de scène au ralenti qui se dégage de ce tableau. On voit les flocons (argentés et non "argentées" dernière ligne) tomber, cette foule aller et venir et cette enfant rire.

Une chose me gène un peu cependant. La contradiction qu'il y a entre cette enfant vraiment insouciante, qui rit et l'impression de monstruosité, le sentiment de peur que dégage la foule. Peut-être ne faudrait-il pas insister tant sur cette foule, son caractère "incertain", les bousculades, etc. Finalement, pour l'enfant, la foule devient secondaire puisqu'elle ne voit plus que les flocons danser. Peut-être que la foule pourrait à travers ce regard émerveillé par le mouvement se transformer également en élément dansant?!

Loin de moi l'idée de réécrire ton texte que je trouve vraiment très beau, mais je te donne juste mon ressenti. En tous cas, bravo pour le sens du détails et la douceur des mots qui coulent à la lecture, comme cette neige qui tombe et nous émerveille toujours.

le 29 Avr 2012
coeur.de.sucre dit :

Je ne sais pas ce qui crée l'émoi, mais je sens une incroyable fraîcheur devant les regards inquisiteurs des flocons. Je n'ai pas senti comme Cosinus l'appel de la foule. C'est la neige qui m'a ébloui et qui m'a réchauffé le coeur ironiquement comme si les flocons en touchant la peau brûlaient de mille mots.

le 29 Avr 2012