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Hostile au style

Noël orangé

Illustration : UnAutreLapin

Imagine un petit marché de Noël. Il fait sombre tout autour, mais ici, il y a une jolie lumière qui colore les visages des gens.
Maintenant, perds-toi dans la foule et imagine que cette lumière est légèrement orangée, de la couleur qui protège et accueille l'hiver. Qui brûle les entrailles dès la première gorgée. Ressens-tu la sensation qui t'envahit à cette seule pensée ? Étrange comme la couleur orange appelle immédiatement à elle une certaine chaleur.
Avec ou sans les dunes.
Avec ou sans un soleil éclatant.
On aurait presque envie de décorer le verre de vin chaud d'une rondelle d'orange sanguine. Quelque chose qui rougeoie de l'intérieur.
Les cabanes en bois sentent bon la sève et la cire. Et le pain d'épice. Bras dessus bras dessous, difficile d'éviter quelques enfants qui courent pour demander à une marchande dans un manteau criard... le pain d'épice !
Il y a une petite rouquine qui préfère prendre une gaufre. Elle est en pleine conversation avec son papa pour savoir si c'est meilleur avec du miel ou de la cassonade. La vendeuse propose de verser un peu des deux. Elle éclate de rire quand la petite lui demande de faire ça un carré sur deux.
Son rire a une teinte orange vif.
Il explose dans l'air glacé.
Il brille comme la marmelade qu'elle dépose dans le carré central de la gaufre.
Il sent bon.
Et toute amertume a disparu.
La rouquine s'empare du délice bigarré et tend à la marchande une multitude de piécettes de cuivre qui roulent sur le comptoir. Leur tintement se mélange au son de petites clochettes disposées de part et d'autre de la place.
Ça tintinnabule joyeusement.
On en oublierait leur valeur, tellement elles semblent être d'or ce soir.
Elles portent en elle l'amour d'une enfant. « Écoute les étoiles ! » s'exclame la fillette.
Le petit garçon, qui n'a pas oublié d'avoir des taches de rousseur pour cette belle occasion, tire d'un air déterminé sur le bras de son père. "Papa, papa, viens voir là-bas. Ils vendent des fruits confits ! » dit-il avec du pain d'épice plein les joues comme un petit hamster de dessin animé. Des grands yeux noisette illuminés par les décorations tout autour, il admire les clémentines brillantes et les petites mirabelles gorgées de l'été passé.
Pourquoi la couleur orange renvoie-t-elle toujours à l'été et au soleil ? Il est des mots qui ont perdu leur liberté.
Mais l'enfant ne s'interroge pas sur ces questions dérisoires. Il est en extase devant la rondeur de la mandarine enrobée de sucre. Son regard semble collé à l'étal de friandises. Bientôt, ce seront ses doigts, puis ses lèvres rieuses qui...
Qui se poseront sur l'étal en pin ?
Ou qui connaîtront cet attrait sucré, délicieusement collant.
Son père est plus attiré par une odeur boisée de cannelle, de clou de girofle et de jus de fruits. Et peut-être que les arômes du cognac qui se mêlent à tout ça n'y sont pas étrangers. Les bouteilles miroitent de leur couleur ambrée. Le père approche son nez d'un bâton de cannelle enroulé sur lui-même comme un parchemin des temps anciens.
Un regard vers sa compagne en admiration devant des monceaux d'étoles chatoyantes.
On se croirait dans un pays lointain. Dans les souks d'Oran. Ou ailleurs. Peu importe.
Elle plonge ses mains gantées dans les monts de tissus, les laisse glisser dans les fleuves d'étoffes. Elles s'allongent en rivières pourpres, jaillissent en un sauvage torrent de joaillerie. Les foulards coulent entre ses doigts en écharpes de lave. En un sourire, elle s'autoriserait presque à se draper comme d'un sari...
Elle déplie d'un geste ample l'une des soieries qui imprime dans l'air noir une large trace de rêve. Une langue de feu. La nuit en lave obscure englobe l'envie brûlante.
Quel spectacle !
Cette femme dansant avec la soie au milieu des ténèbres. Presque lumineuse, en écho aux lueurs qui s'échappent d'une constellation de lanternes.
Comme un djinn des légendes, perdu en plein hiver
Tellement femme au milieu de la foule
Comme un dragon de feu pour son fils ébahi
Tellement flamme au milieu de la houle.
La folie de l'envie dans les yeux du mari
Une telle âme, amie, dieu d'amour fou
Elle repose finalement sa parure de phénix et telle une dame, à mille lieux des âmes floues, elle retrouve son roi, sa princesse, et son petit écureuil tout collant de fruits d'or.
Ils quittent les lumières du marché de Noël et s'en vont, tous ensemble, rejoindre leur village. C'est un petit hameau, dans la Haute-Savoie, qui, si je me souviens bien, a pris pour nom Orange.


 

tags : Ambiance, EnfancenJoie, Feu, Marché de Noël, Noël, Orange

 

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