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Hostile au style

Nostalgie sur ballade automnale

Illustration : UnAutreLapin

Je suis rentrée après un mois d'absence. C'est fou comme le temps passe. C'est fou comme la vie impose sa marque au monde tout pendant qu'on l'oublie. Je suis rentrée après un mois d'absence et j'ai découvert que l'automne ne m'avait pas attendue pour incendier les sous-bois et y déposer sa lumière. Au travers des vitres de la voiture, le ciel accueille les ramures orangées. Je me laisse conduire. Notre conversation, des éclats de rire et des silences durant lesquels la vitre se fait un peu plus transparente, le paysage un peu plus proche.
La voiture flotterait presque au dessus du bitume. Les pointillés blancs fuient entre ses roues comme si quelqu'un avait soudainement décidé de tirer le drap noir de la route vers lui. Tirer vers lui la route et tout le paysage qui y est accroché. Les arbres défilent sur les côtés.
Seule une biche tente d'échapper au mouvement qui l'entraîne vers l'arrière. Sa course est élancée, aérienne, si les arbres ne partaient pas si vite devant elle, on pourrait voir ses articulations sous la peau fine, on percevrait le mouvement de chacun de ses poils oscillant au rythme des étirements de sa peau. En observant l'angle sans cesse renouvelé de sa patte, on sentirait l'extrême fragilité qui habite l'élégance. Mais la chaussée s'enfuit et je ne perçois qu'un mouvement ambré éclaboussé de flaques de lumière. Déjà elle a disparu, sa course vers l'avant a été avalée par la dérobade des sous-bois.
Disparue.
Mais c'est un renouvellement permanent devant mes yeux, derrière la vitre, au sein du monde. La lumière arrose chaque arbre de manière différente et confuse. Contrairement aux êtres, à la terre, aux feuilles qui déjà jonchent le sol, elle ne fuit pas, semble devoir être toujours là, envelopper la campagne de son aura. La lumière est si difficile à décrire. À la fois immuable et éphémère, éternelle et versatile, elle fait craquer le rigide carcan du langage. Comment retranscrire cette beauté qui se répand dans l'espace, nous englobe, nous fait être ? Peut-être, au fond, est-il inutile de tenter de la capturer sur le papier ?
Un soir d'automne, avant la nuit, ferme ton livre, ouvre la fenêtre, tes yeux, ton cœur. Tu la verras.
La lumière ruisselle, le bitume se déroule et mes yeux se perdent dans le silence de la beauté. Une feuille, rougie par l'approche de la mort, vient s'échouer sur le par-brise. Hésitante encore. Quelques taches de verdure au bout de ses nervures. Une feuille d'automne. Le paysage tourne dans un virage et la feuille se laisse aspirer au loin. Elle deviendra vulgaire feuille morte que l'on foulera, un dimanche, au crépuscule.
Les mots reviennent, créent un monde au coeur du monde, invite d'autres images qui déposent un peu de buée sur la vitre. La campagne se fait floue et la lumière discrète car la parole fleurit à l'entrée du village. Bientôt, la campagne acquiert cette rigidité qui témoigne de l'habitude ou du souvenir. Le ciel est comme alourdi des images que je porte en moi, les arbres, vus tant de fois, perdent le mouvement qui les fait être. Comme si ma mémoire entendait leur imposer une certaine posture, une certaine réalité qui n'est pourtant plus la leur. Je suis chez moi.
Dans quelques pas, je découvrirai que mon arbre, érable pourpre, n'a plus de feuilles.
C'est fou comme le temps passe. C'est fou comme la vie impose sa marque au monde tout pendant qu'on l'oublie. Mais il n'est pas trop tard pour cueillir la lumière.

 

tags : Automne, Nature, Nostalgie, Paysage, Temps

 

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Commentaires

ptitange23 dit :

Ouah !! Magnifique !! Je ferais plus attention autour de moi la prochaine fois !! ^^

le 24 Avr 2012
Syam. dit :

Beaucoup d'images, de détails. Une très belle façon d'écrire. Je ne me lasse pas de lire tes textes, continues.

le 24 Avr 2012