Achetez Retour de Brume !

Hostile au style

Partir

On ne part jamais seul
Aussi dépouillé que soit le départ
Aussi précipitée que soit la fuite
Aussi brûlant que soit l'appel
On emporte toujours avec soi un coin de paysage
Un dernier regard
Des paroles
Des bribes de regrets
Et des sacs entiers de souvenirs

Crois-moi
Nous n'avons pas le choix

Dans ta dernière chemise
Le dos léger, le pas alerte
Dès l'aube,
Quand percera le soleil aux yeux clos
Tu partiras vers cet ailleurs qui te fascine

Pourquoi ?
Personne ne sait
Personne ne sait d'où nous vient cette envie de partir

Partir
Mot qui revient, disparaît et revient
Mot incapable de s'en aller lui-même

Sur la boussole qui te guide
Dans la poche de ta poitrine
Sommeille un pays oublié
Celui de cet homme aux yeux bleus
Qui avait une voix d'océan quand il te racontait le monde

Toi, tu avais six ans
Tu ne savais pas qu'il partirait

Mais bien sûr,
Comme tout le monde
Il l'a fait

On laisse toujours quelque chose derrière soi
Une empreinte de pas
D'écume
Le reflux de la vague quand elle quitte la mer
Les traces de soleil déposé par nos doigts sur les mains que l'on serre

Et cette femme aussi
Qui rêvait de voyages...

C'est parfois notre tour de faire le premier pas
De laisser derrière soi un regard qui se noie, des lèvres qui se tremblent
De sentir quelques larmes couler sur notre dos
Qui se tourne déjà

Celui qui part ne sait pas ce qu'il fait
Il ne décide pas de l'heure de son départ

Partir ?
C'est comme dévaler la pente d'un pré vert
C'est comme consoler un enfant quand il pleure
Ou comme se lover dans les bras d'une femme

On le fait sans comprendre le pourquoi du comment

On s'en va
On ne sait pas pourquoi
Et pourtant on s'en va
Avec au fond des poches
L'envie de revenir

Ou d'arriver enfin.

Flora Delalande


 

tags : Départ, Partir

 

Ajouter un commentaire Signaler une erreur PDF imprimable

 

Commentaires

Zinzolin dit :

Argh... Cela faisait longtemps que je n'étais pas tombé sur quelque chose de si juste... Merci.

le 18 Avr 2014
Julien Hoquet dit :

J'aime les détours et les contours de ce partir. On ne part jamais de ce qu'on aime. Ici,''sentir quelques larmes couler dans son dos'' ou ''Avec au fond des poches/ l'envie de revenir'',une justesse de la parole.Je suis heureux de cette découverte.

le 22 Avr 2017
Baradon dit :

Les derniers mots sont particulièrement justes, j'en ai des fourmis dans les jambes: l'envie de partir sans vers cet ailleurs où de revenir vers cet endroit où je serai chez moi. Merci.

le 02 Fév 2018