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Hostile au style

Peinture du translucide


Après le noir.
Infime lueur
Inaccessible


L'ombre a disparu
Masquant la lumière
Papillon translucide


Cela fait si longtemps que je n'ai pas pris le temps
Cette impression de glisser sur les mots.


Comme si, quelque part, l'absence prolongée de ma plume sur la feuille avait brisé la présence de l'oiseau au creux de l'arbre. Il ne chante plus, ne fait plus ruisseler les doux mots à l'oreille des ramures de l'imagination.


Glace et rameaux calcinés.


Une fine pellicule de givre, protection cassante, a recouvert les nervures de mes paroles laissant la page empreinte du gène de l'existence.
Prendre la feuille gelée à main nue et sentir le froid envahir mes mots.


Morts. Inertes. Exsangues.


Mot blême, tremblotant sur un pavé de nuit. Noyé dans l'indifférence.
Mot frêle, dansant en ronde autour du rien, coquille vide en proie au vent.
Je le recueille. Vite. Avant qu'une pluie d'étoiles déchues ne se répande autour de lui et ne l'enferme dans un écrin de poussière diaprée. Je le réchauffe, cherche de nouveau le souffle tiède qui se terre dans le sang, dans le tiroir du silence, au bas du ventre. Fais ressurgir cette chaleur bouillonnante, cette fièvre tremblante jusque dans le creux de la main, là où sont gravées les lignes de vie. Comme des saillies dans le sein d'un pavé.


Je brûle quelques lignes pour réchauffer les autres, sacrifie quelques pages en offrande à la patience. Doigts noircis par la cendre, l'obscurité du ciel. Un peu de sève noire coule le long de l'arbre. Prendre le temps de panser les gerçures de l'absence. Une par une. Pour se rappeler notre essence.


Cela faisait si longtemps que je n'avais pas pris le temps


Tout simplement
Renouer avec les sons froissés
Danser pour réveiller Morphée.


Peindre le translucide
Frôler l'inaccessible.

 

tags : Ecriture, Mot, Quête, Renaissance

 

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Commentaires

Lune dit :

Agréable voyage dans les ramures de ton imagination.

le 06 Fév 2010
Ptitange23 dit :

Ouah ! Magnifique !
J'avais peur qu'il y ait trop de métaphores et qu'on ne comprenne rien mais ce n'est pas le cas ! On vit, on respire avec toi, on entre totalement dans ton monde !^^

le 02 Jui 2011
oO°Peatch°Oo dit :

O_O oh.. .. .. C'est vraiment très beau et très délicat.

le 02 Jui 2011
C. dit :

Dur de faire une critique constructive devant pareil texte. Que dire?
Beaucoup de douceur et de nostalgie qui passent bien, un texte fluide qui se brise juste quand il faut, des mots légers mais lourds de sens. Et toujours ce regret qui plane...
Pour ce qui est de l'émotion elle est très bien transmise.

J'aime la forme aussi qui glisse avec le poème et les images...

Il y a juste l'entrée en matière un peu brutale peut-être. Tout ce que tu évoque : le noir, la lueur, l'inaccessible, l'ombre, la lumière, le papillon, tout semble vouloir s'étendre comme une flamme dans la nuit, mais tu les réduit à l'"infime".
Peut-être pour cela que je n'ai pas immédiatement accroché au poème, mais le reste m'a emportée.
voila la seule critique que je peux formuler!^^

le 02 Jui 2011
Bach Bark dit :

C'est un joli texte, je l'avoue, il m'a séduit.
Cependant, je me suis depuis peu promis de faire preuve d'objectivité ou pour être plus précis, de ne pas me tromper sur ce que je ressens, fais et tout le reste: je veux être subjectivement objectif, si vous voyez ce que je veux dire.
Bref, Flora, ton style m'a un peu refroidi. Je suis bien d'accord qu'il est bien, mais en même temps il n'est pas parfait. Il lui manque ce quelque chose qui doit l'unir avec le fond. Ici c'est comme si ta façon d'écrire différe légèrement de ta façon de sentir. Soit le choix des mots soit le choix des thèmes, tu dois trouver ce qui cloche avec ta plume.
J'ai aimé ton poème car il est bien beau, mais je l'aurais adoré s'il était "UN". :)

le 02 Jui 2011
Pantoufle 14 dit :

J'ai déjà été plus émue pour certains de tes textes. N'empêche, j'ai bien aimé ta délicate façon d'allier les mots, ces jeux de sonorités, sa voix.

le 02 Jui 2011
Baradon dit :

Un talent certain pour choisir les images qui touchent au plus profond de l'âme! Cette angoisse de la page blanche, cette difficulté de reprendre l'écriture après un long moment, toutes celles et tous ceux arpentant les sentiers de l'écriture, de l'art en général ont dû les éprouver à un moment ou un autre. En espérant que le feu qui t'anime ne s'éteigne jamais et continue à réchauffer tes lecteurs de ses douces flammes.

le 16 Nov 2017