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Hostile au style

Poésie

La poésie est une chose bien étrange.
Dès que je tente de m'en saisir, elle essaie de partir pour m'empêcher de jouir.
Pourquoi me fait elle à chaque fois ce coup bas ?
Pourquoi, dans ma tête, œ poème brille-t-il de sonorités et de mots bien accordés
Alors que sur le papier ce n'est qu'une immense débandade, une mutinerie, une guerre désordonnée que je ne peux maitriser ?
Si seulement je pouvais accepter...
peut-être ces quelques mots emmêlés pourraient-ils ébranler quelques coeurs malgré leur manque d'unicité...
Mais de la pensée à l'écriture je ne puis m'empêcher d'épurer les idées
De les rendre lisibles, moins risibles, moins horribles...
les sonorités s'en trouvent altérées, tronquées, erronées
Je ne parle même pas des rimes qui ne cessent de se grimer
Elles se déplacent au sein du vers, se battent pour occuper la fin
Elles veulent avoir le dernier mot pour s'allier avec les autres... un peu plus haut.
Elle veulent donner le pas pour commander les mots d'en bas.
Mais l'alliance n'est pas aisée, les sons tournent en ronds, reviennent toujours au même endroit
Naissent des rimes qu'on a déjà vu cinq cent fois...
Pourquoi ?
La poésie est une spirale dans laquelle l'homme est tombé
Il pense savoir la maîtriser alors que c'est elle qui l'a trompé.
Tête la première, il rebondit contre ses sphères
Il voit des mots, de belles idées
Il effleure des lettres étoilées
Mais continue à être aspiré
Alors qu'il se croit inspiré.
Mais la spirale se rétrécit
L'esprit se racornit
L'arc-en-ciel se ternit
Pour ne laisser qu'un monochrome légèrement gris...
Je suis au fond de la spirale
Là où chacun se croit poète
Je suis au fond de la spirale
Là où vivent ceux que l'on rejette
Je suis au fond de ce gouffre où amour rime avec toujours
Je suis au fond de ce néant, où s'allient malheur, fleurs, et coeurs...
Où toutes les rimes se ressemblent
Où toutes les idées sont masquées
Où rien n'est jamais créé
Ici... la poésie n'a jamais vraiment existé
Ici, ce n'est qu'un dépotoir, une décharge pour rimes de marges
Immense poubelle du réel
Parfois je tente de regarder la haut
Qui sont ceux qui jettent tant de mots
Ceux qui leur restent... qu'il doivent être beaux...
Parois je tente d'escalader, de surmonter ces alvéoles enchevêtrées
Mais je glisse inexorablement dans la gueule du néant
Jamais plus haut
Toujours plus bas
Je ne les vois même pas
Ces grands poètes marieurs de mots
Je ne les vois même pas
Ceux qui nous jettent leurs ratures
Alors je monte dans les arbres pour tenter d'accrocher le ciel,
Je me hisse sur un nuage et dérive jusuq'à la berge.
Jamais je ne serais poète
Jamais je ne ferais danser les arabesques
À vouloir forcer les mots à s'allier
Je ne fais que les aliéner
Les mots au lieu de s'embrasser
Se marchent joyeusement sur les pieds
Ruissellent sur mon corps fatigué
Parfois quelques lettres touchent à mon âme
Et tout à coup... mon coeur s'enflamme ...
Flora Delalande


 

tags : Poésie, Quête

 

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Commentaires

Baradon dit :

Comme un paradoxe, la finesse de ce texte prouve que tu as finalement atteint l'objet de ta quête! Poète tu es... pour notre plus grand plaisir de lecteurs :)

le 20 Sep 2017