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Hostile au style

Quatre lettres, un arbre et le désert

Certains lieux ont perdu la connaissance des arbres. Déserts de sable, de glace, de poussière ou de pierres. Là-bas, l'horizon se fait plus proche. Moins accessible pourtant.
Le marcheur perd ses repères. Il perd aussi l'ombre, la fraîcheur, le bruissement des feuilles et le droit au repos. Il marche vers l'horizon qui s'éloigne à chaque pas et finit par se courber sous la fatigue.
Les paupières tombent en même temps que la brume et on ne voit plus que les oiseaux. Leur cri rauque résonne au-dessus de nos têtes. Où se posent-ils, ces manants du ciel, et que mangent-ils à part les pierres grises et les os des hommes perdus ? Ils crient leur faim.
Chacun sait qu'il suffirait de quelques jours pour dépecer un homme.
Malgré cette menace qui plane, l'homme aime l'oiseau du désert. Il lui permet d'oublier qu'il est peut-être mort puisqu'il est seul depuis des jours. Puisqu'il entend le cri des oiseaux, c'est qu'il entend encore, que si la brume l'aveugle et que le voyage n'a plus d'odeur, il lui reste une fenêtre pour percevoir le monde.
Ses pieds sont gourds depuis longtemps. Mais il entend.
Il entend. Donc il est vivant.
Quand on n'a nulle part où poser le regard, on finit par s'accrocher de toutes ses forces à des mots, de minuscules mots, presque ridicules. On s'y accroche et quatre lettres mises bout à bout deviennent vitales. Dans le désert, « donc » est ce qui fait le lien entre le réel et soi-même de la même manière que l'arbre fait le lien entre le ciel et la terre.
Le répéter à chaque pas est la seule manière d'atteindre l'horizon avant la nuit.


 

tags : Désert, Marche, Solitude

 

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Commentaires

Baradon dit :

Auprès de mon arbre, je vivais heureux
Le désert venu, la terre chenue appelle au voyage, porteuse de danger et de mystères.
Tes portraits naturels procurent toujours à l'esprit cette saveur incomparable du voyage onirique.

le 26 Oct 2018