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Hostile au style

S'abîmer en soi

Illustration : Thindòmiell

Un jour il faudra que je vous dise qui je suis... ou non.... plutôt qui je semble être... qui je pense être. Qui je ne suis pas.
Un jour il faudra que je vous dise qui est ma voix, qui est mon cœur, qui est mon corps. Mais ma voix ne veut pas que mon cœur vive sa vie, et mon corps se révolte contre la voix de mon cœur qui cogne contre cette coque qui le crève et le vide.
C'est une avalanche de son, une pluie d'étoiles qui me brûlent de leur glace et m'aveuglent, m'empêchent de voir défiler mes pensées, ma personnalité.
Je suis mais ne suis pas.
La réalité ?
Je n'en ai pas qu'une, j'en ai autant qu'il existe de mots.
Je n'en connais aucune et me perdrai jusqu'au grand saut.
Je suis l'enfant qui entend des phrases mais ne sait pas les prononcer, je suis la fleur qui regarde le soleil sans pouvoir le toucher. Je suis ce que personne ne soupçonne, ce que seul la forêt sait.
Je suis là mais je ne comprends pas.
Je suis ici, il paraît que ça s'appelle la vie.
Des successions d'actions sans suite et sans soupirs si cinglantes que je ne peux poser ma pensée pour tempérer... ou pour prier peut-être.
Je suis ne me suis pas.
La poudre de tes rires roule entre mes dix doigts.
Le soufre de tes soupirs coule tout au fond de moi.
Et déjà je m'oublie
Je ne parle plus de moi
Sujet que je ne connais pas
Je ne parle plus de moi
Car je ne me ressemble pas
Je suis, je suis mes pas.
Je cours derrière mon ombre qui se sauve, glisse sous mes souliers et danse autour de moi. Je tente d'écraser, saccager, déchirer, ce tissu de drap noir qui s'accroche à mes pas. Elle se meut mieux que moi, m'échappe, se rit de moi jusqu'à ce que la nuit soit.
Alors...
je m'étale contre elle, l'écrase de mon poids, l'enroule entre mes bras, la plie au fond de moi.
Au creux des draps suis-je moi ?
Suis-je ou ne suis-je pas moi ?

 

tags : Identité, Interrogation, Personnalité, Quête, Réflexion

 

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Commentaires

Lune dit :

Magnifique poème, tout comme le précédent.
Toujours le rythme de tes mots me séduit.
Et j'aime beaucoup la phrase "Mais ma voix ne veut pas que mon coeur vive sa vie, et mon corps se révolte contre la voix de mon coeur qui cogne contre cette coque qui le crève et le vide" qu pourrait être compliquée à comprendre mais que tu rends un peu folle, un peu abstraite avec une jolie sonorité.

le 02 Jui 2011
Ptitange23 dit :

Oui, bravo !
Magnifique ! Je le trouve touchant, on s'y reconnait... et tout ce qui pourrait paraître abstrait devient limpide... Bravo, encore !

le 02 Jui 2011
Bach Bark dit :

Comment tu fais Flora?
Oui, comment fais-tu?
Je suis sans mot devant ton génie!Et c'est pourquoi je m'incline,Ô Maître!

le 02 Jui 2011
Pantoufle 14 dit :

Un tourbillon de mots qui s'embrouillent pas. Ou si. Tout se mêlent pour mieux s'assembler comme un parade multiethnique sur le point d'éclater en feux d'artifices, mille couleurs, mille sensations, et une seule façon d'être flamboyante! Alors, désolée d'avoir ajouter une couche d'éloges. Pauvres chevilles! ;-)

le 02 Jui 2011
Baradon dit :

Je n'ai pas grand chose à ajouter aux commentaires précédents. En vérité, je suis admiratif de cette capacité de traduire en mots des ressentis, des images qui parlent au plus profond de l'être. Cette conversation à soi-même, ces questions existentielles lancinantes que l'on se répête en équilibre sur le rebord de la folie, tu as su leur donner une dimension poétique et nous les savourons, malgré l'amertume des échos qu'elles évoquent en nous.

le 17 Nov 2017